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V- Allocution de S.E. M. Ghassan SALAME En ouverture du colloque Bilinguisme, traduction et francophonie
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USEK et AUF Kaslik, 27
septembre 2001
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Il ne saurait être fortuit que votre
colloque sur le bilinguisme et la traduction prenne une place de choix au sein
d'une Année de la Francophonie placée sous le thème du "
Dialogue des Cultures ". En effet, tant au niveau de l'instance francophone
elle-même qu'au niveau de la problématique de
l'interculturalité en général, la question de la langue et
de son économie n'a cessé d'être centrale, sans être
pour autant, bien sûr, exclusive. Si la démarche inhérente
à tout dialogue suppose le dépassement de soi et
l'intériorisation d'une dose d'altérité, et si
l'aboutissement du dialogue, ainsi défini, est la recherche d'une
plate-forme commune et la fécondation d'une perception nouvelle de
l'autre, alors l'acte de passage d'une langue à l'autre serait une
illustration éclatante d'un tel échange. Aussi, lors des deux
jours qui verront vos débats prendre leur cours, les aspects techniques
de votre approche de linguistes seront sans aucun doute constamment
informés par une question plus vaste, et ô combien explosive
désormais, celle de la culture et de
l'identité.
Une fois dépassée
l'action simple -voire simpliste- de la traduction dans son acception
littérale, qui consiste à aligner des mots en en cherchant
l'équivalent dans un dictionnaire bilingue, tout traducteur digne de ce
nom est parfaitement conscient du fait qu'il s'engage sur un chemin bien plus
ardu, mais bien plus exaltant aussi. Bien plus qu'une translation, la
traduction est en fait une véritable ré-écriture, une
réinterprétation de l'uvre dans un autre registre
linguistique. Traduire, dès lors, ne veut plus dire transcrire d'une
langue à l'autre, mais ouvrir un monde à l'autre, ouvrir un monde
sur l'autre, expliquer les signes de l'un à l'autre, c'est-à-dire
les rapprocher l'un de l'autre. Ainsi envisagée, la traduction devient
médiation, et le traducteur un passeur, le porteur d'un dialogue qui, au
delà de la sémantique, assure le va-et-vient des cultures. Il
conviendrait d'ailleurs de s'interroger, à cet égard, sur la
somme d'enrichissements et d'ajouts qu'acquiert une langue lorsqu'elle passe
par le crible de sa traduction dans d'autres, comme le fer qui se solidifie en
passant au feu. L'histoire de longue durée nous l'enseigne, c'est en se
fermant sur elles-même que des langues finissent par mourir, et que c'est
des idiomes forgés par leurs usagers nouveaux que d'autres langues se
dotent d'un pouvoir de diffusion.
C'est à ce
point du raisonnement que l'on retrouve la problématique du bilinguisme
et de son lien à l'appartenance. Tout comme le voyage d'une langue
à l'autre élargit les horizons de cette dernière, la
pluralité des mots et la pluralité des langues
maîtrisées par un individu en élargissent les mondes et en
repoussent les limites. Entrer dans une société internationale de
plus en plus ouverte sur les différences avec un capital linguistique
diversifié revient à s'armer de plusieurs cordes à son
arc. Toutefois, si les Libanais connaissent tellement bien cette
opportunité qu'ils ont fini par la prendre pour argent comptant, il ne
s'agirait pas non plus pour eux de faire de leur bilinguisme -ou de leur
trilinguisme- répandu une quelconque preuve d'appartenance identitaire
exclusive ou différenciée. Il s'agit encore moins pour eux de
faire du maniement d'une langue étrangère au détriment
d'une autre l'étendard d'un quelconque club élitiste, ou encore
des couleurs hissées pour une compétition qui n'enthousiasme que
les esprits étroits. C'est dans ce sens, croyez-en le Ministre
chargé de promouvoir la Francophonie, que les guerres
d'arrière-cour qui opposent les Libanais francophones à leurs
compatriotes anglophones -ou autres- sont d'une inanité flagrante. Elles
le sont parce qu'elles ignorent jusqu'au sens même de la langue et de ses
fonctions, à savoir qu'elle est d'abord, et avant tout, paradigme
supplémentaire pour la lecture du monde, même si derrière
elle se trouvent charriés symboles et
valeurs.
Puisqu'il s'agit ici de traduction, permettez
moi de conclure en rappelant que l'une des fonctions de cette Année de
la Francophonie que nous avons voulue en complément du IX° Sommet
d'octobre, était justement de traduire concrètement, à
travers une pléiade de débats et de manifestations, les multiples
sens que pouvait prendre " le Dialogue des cultures ". Votre colloque en
acquiert ainsi une légitimité supplémentaire. Il
l'acquiert aussi de par la collaboration qui l'a permis, entre
l'Université Saint-Esprit de Kaslik et l'Agence Universitaire de la
Francophonie. Nous souhaitons fortement voir ce type de coopération se
poursuivre et se développer, en vue de multiplier les ponts
d'échange et de dialogue entre institutions locales d'enseignement
supérieur et agences internationales, et souhaitons à ce colloque
tout le succès qu'il mérite.
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