L'année de la Francophonie :
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2. Le dialogue des cultures : une portée politique    Retour
La lente et difficile émergence, au lendemain de la guerre froide, d'un nouveau système international aux contours encore largement incertains, s'est accompagnée d'une accélération sans précédent des dynamiques d'intégration et d'unification à l'échelle planétaire, transposant ce qui n'était jusque-là qu'une globalisation des marchés économiques et financiers en une véritable mondialisation politique et culturelle, touchant même les sphères privées. Seulement, le processus à l'oeuvre n'est pas sans provoquer de sérieuses inquiétudes.

Mondialisation et hégémonie :
La mondialisation, si elle ouvre indéniablement des brèches devant l'exercice de nouvelles libertés, se décline bien souvent aussi sur le mode de l'hégémonie.Du moins est-ce ainsi qu'elle est reçue et perçue par tout un pan de la communauté internationale. Hégémonie de quelques puissances sur les ressources du droit et de l'énonciation de la norme et de la légitimité. Hégémonie de quelques puissants -acteurs publics ou privés- sur la fabrication d'un imaginaire uniforme et la mise en valeur de modes communs d'être, de se comporter et de consommer. Face à ces dérives, l'alternative proposée par le « dialogue des cultures » vise à se rapprocher de la formulation d'un corpus normatif international construit dans le consensus, à partir des valeurs universelles auxquelles nous adhérons tous librement. Au premier chef de ces valeurs que nous voulons régulatrices de la vie internationale, celles consacrées par la Déclaration universelle des droits de l'homme, celles des droits inaliénables des peuples (Bamako). Cette alternative cherche à éviter la lecture sélective des droits et des devoirs des membres de la communauté francophone et internationale dont ont déjà suffisamment souffert nombre de peuples, notamment au Proche-Orient. Elle ambitionne de construire et de consolider de nouveaux espaces mondiaux de concertation. En d'autres termes, à l'ère du pouvoir des réseaux, le « dialogue des cultures » aurait pour but de démocratiser la mondialisation avant que la mondialisation ne pervertisse la démocratie.

Mondialisation et résurgences identitaires :
Le monde de l’après-guerre froide a vu une recrudescence et une multiplicité de nouveaux conflits de formes sub-étatiques et intra-sociétales. En s'exprimant de façon alarmante sur le mode identitaire le plus crispé et le plus exclusif, ces conflits ont fait des cultures autant de marqueurs meurtriers et belligènes. A cet égard, certains auteurs ont cru heureux de prophétiser l'avènement d'un monde déchiré par la « guerre des cultures » et fragmenté par le « choc des civilisations ». C'est dans l'espoir de les démentir et de démontrer l'inanité de leur cassandrisme, avatar à peine masqué de la guerre froide d'hier, récrit en langage culturaliste, que la Communauté francophone se doit de plaider en faveur d'une approche ouverte et plurale de la culture et des civilisations.

En outre, les amples et successives vagues de migrations internationales sont porteuses de disparités multiples, alimentant des tensions identitaires. Les particularismes des nouveaux venus s'inscrivent à des degrés divers, avec plus ou moins de bonheur, dans les espaces qui les accueillent mais la rupture reste possible à tout instant. A l'ère du « narcissisme de la petite différence », seul un ferme engagement dans le dialogue est à même d'aménager une société internationale où les identités -multiples jusqu'en chacun- se complètent et ne s'excluent pas, et où cultures et civilisations s'enrichissent mutuellement au mépris de leurs lignes de démarcation.

Mondialisation et responsabilité :
A la transformation progressive des paramètres de la distance et du temps, à l'uniformisation des règles du jeu, à la soumission grandissante des acteurs de la scène internationale aux contraintes collectives, correspond, en parallèle, une mondialisation des enjeux, une globalisation des dangers et, donc, des défis à relever. Les exemples récents sont nombreux qui, des préoccupations concernant l'équilibre écologique, la biosphère ou la bioéthique, aux flux migratoires, au sida et aux grandes épidémies, en passant par la sécurité et la prévention du crime organisé, confirment tous les jours la fin du « chacun chez soi, chacun pour soi ». Si la nouvelle grammaire du monde n'a pas encore entièrement érodé la souveraineté, elle semble imposer de plus en plus un monde de la responsabilité partagée.

C’est à ce niveau qu'il incombe à une instance comme la nôtre de se faire, auprès d'autres instances inter-gouvernementales, le chantre et l'avocat d'une meilleure coopération internationale, d'une plus grande solidarité des peuples, et d'une institutionnalisation plus efficace, face à des phénomènes engageant l'avenir même de la planète et de l'espèce humaine. A l'ère où gouvernance globale devient un thème porteur et une ambition légitime, le « dialogue des cultures » se présente comme un levier essentiel d'une nouvelle multi-latéralisation, respectueuse des membres les plus vulnérables de la communauté internationale et de leur droit à la solidarité, et comme garant d'une gestion plus fructueuse des biens communs de l'humanité.
 

1. IX° Sommet de la Francophonie Beyrouth, octobre 2002
3. Le dialogue des cultures : une portée économique
4. Les Voies du dialogue  :  Propositions programmatiques